Rendement brut vs net vs net-net : les 3 calculs à connaître
Un bien affiché à 6 % de rendement peut ne rapporter que 2 % net-net une fois les charges et les impôts déduits. Ce n'est pas une exception — c'est la norme. Rendement brut, rendement net, rendement net-net : ces trois indicateurs mesurent des réalités très différentes. Voici les formules exactes, un exemple chiffré complet, et pourquoi seul le net-net compte vraiment pour décider d'investir.
Rendement brut : le point de départ (mais pas d'arrivée)
Le rendement brut est le premier chiffre que vous voyez dans les annonces, les comparateurs, et les discours des agents immobiliers. Sa formule est simple :
Le prix d'acquisition total doit inclure les frais de notaire (environ 7–8 % dans l'ancien, 2–3 % dans le neuf). Utiliser uniquement le prix FAI (frais d'agence inclus) fausse le calcul à la hausse.
Exemple : Appartement à 150 000 € FAI, frais de notaire 10 500 € (7 %), loyer 700 €/mois.
Prix total = 160 500 €
Loyer annuel = 8 400 €
Rendement brut = 8 400 / 160 500 × 100 = 5,23 %
Note : certains agents calculent sur 150 000 € et annoncent 5,6 %. La différence de 0,37 point représente plusieurs milliers d'euros sur 20 ans.
Le rendement brut est utile pour trier rapidement des opportunités. Un bien à 3 % brut dans une ville sans perspectives de valorisation mérite peu d'attention. Un bien à 8 % brut mérite d'être creusé. Mais il ne dit rien sur ce que vous allez réellement gagner.
Rendement net : après toutes les charges réelles
Le rendement net déduit l'ensemble des charges que vous supportez en tant que propriétaire bailleur. Ces charges comprennent :
- Taxe foncière : variable selon la commune, souvent 600–1 500 €/an pour un appartement en ville
- Charges de copropriété non récupérables : entretien parties communes, ravalement, gros travaux (provision fonds travaux obligatoire depuis la loi ELAN)
- Assurance PNO (propriétaire non-occupant) : 100–250 €/an
- Frais de gestion locative : 7–10 % du loyer si vous délégez à une agence
- Provision pour vacance locative : au minimum 1 mois de loyer perdu par an est une hypothèse prudente
- Frais divers : assurance loyers impayés (GLI), frais de remise en état entre locataires
En reprenant notre exemple :
Détail des charges annuelles :
Taxe foncière : 800 €
Charges copropriété non récupérables : 500 €
Assurance PNO : 150 €
Frais de gestion (8 %) : 672 €
Provision vacance (1 mois) : 700 €
Total charges = 2 822 €/an
Rendement net = (8 400 - 2 822) / 160 500 × 100 = 3,47 %
On passe de 5,23 % brut à 3,47 % net. Un écart de 1,76 point. Mais on n'a encore rien payé au fisc.
Rendement net-net : le seul chiffre qui compte
Le rendement net-net ajoute la déduction des impôts : l'impôt sur le revenu (selon votre tranche marginale d'imposition, ou TMI) et les prélèvements sociaux fixés à 17,2 % (article 1600-0 D du CGI).
Le calcul de l'impôt dépend de la fiscalité choisie. Voici l'exemple en location nue au réel (régime qui s'applique automatiquement au-delà de 15 000 € de revenus fonciers, art. 32 CGI) pour un investisseur au TMI 30 % :
Calcul de l'impôt (location nue réel, TMI 30 %) :
Loyer annuel : 8 400 €
Charges déductibles (hors taxe foncière déjà déductible) : 2 122 €
Revenu foncier imposable = 8 400 - 2 122 = 6 278 €
IR (30 %) = 1 883 €
Prélèvements sociaux (17,2 %) = 1 080 €
Total impôts = 2 963 €/an
Rendement net-net = (8 400 - 2 822 - 2 963) / 160 500 × 100 = 1,63 %
Le rendement passe de 5,23 % brut à 1,63 % net-net. C'est le vrai rendement de ce bien pour cet investisseur. Trois fois moins que le chiffre affiché.
Tableau comparatif : brut / net / net-net sur le même bien
| Indicateur | Ce qu'il exclut | Résultat |
|---|---|---|
| Rendement brut | Charges + impôts | 5,23 % |
| Rendement net | Impôts uniquement | 3,47 % |
| Rendement net-net | Rien (tout inclus) | 1,63 % |
La fiscalité à elle seule ampute 1,84 point de rendement. C'est pourquoi le choix de la fiscalité est souvent la décision la plus impactante pour un investisseur.
Comment la fiscalité change tout
Sur le même bien, le rendement net-net varie fortement selon la fiscalité choisie :
LMNP réel : l'amortissement efface (presque) l'impôt
En LMNP réel (location meublée non professionnelle au régime réel), vous pouvez amortir comptablement le bien et les travaux. L'amortissement annuel (art. 39 CGI) représente typiquement 2–4 % de la valeur du bien, soit 3 000–6 000 €/an sur un bien à 150 000 €. Cet amortissement vient en déduction du résultat BIC, réduisant souvent l'imposition à zéro les 8–12 premières années. Le rendement net-net se rapproche alors du rendement net : 3,3–3,4 % dans notre exemple.
Nu micro-foncier : simple mais coûteux
Le régime micro-foncier (art. 32 CGI) s'applique si vos revenus fonciers sont inférieurs à 15 000 €/an. Il applique un abattement forfaitaire de 30 % sur les loyers. Avec un TMI à 30 %, l'impôt est calculé sur 70 % des loyers, soit 8 400 × 70 % = 5 880 €, ce qui donne un impôt total (IR + PS) de : 5 880 × 47,2 % = 2 775 €. Ce régime est rarement le plus favorable dès que les charges réelles dépassent 30 % des loyers.
LMNP micro-BIC : abattement de 50 %
En location meublée sous le régime micro-BIC (art. 50-0 CGI), l'abattement est de 50 %. Pour notre exemple : 8 400 × 50 % = 4 200 € imposables, soit un impôt total de 4 200 × 47,2 % = 1 982 €. Rendement net-net estimé : ~2,2 % — meilleur que le nu micro, mais encore loin du LMNP réel.
Règle pratique : plus votre TMI est élevé (41 % ou 45 %), plus l'écart entre rendement net et net-net est important, et plus le choix de la fiscalité devient stratégique. Un investisseur au TMI 45 % verra son rendement net-net divisé par 3 à 4 en location nue réelle.
Rendement net-net vs rendement sur fonds propres
Quand vous investissez avec un crédit, le rendement net-net calculé sur le prix total ne reflète pas le rendement de votre apport personnel. C'est ce qu'on appelle l'effet de levier.
Si vous apportez 20 000 € et empruntez 140 500 €, et que le bien génère un cash-flow net-net positif de 500 €/an (scénario favorable), le rendement sur fonds propres est de 500 / 20 000 = 2,5 %. Si en revanche vous avez un effort d'épargne négatif (cash-flow négatif), le calcul s'inverse. Symo projette ces deux métriques année par année pour vous montrer la réalité complète.
Les 3 erreurs les plus fréquentes dans le calcul du rendement
1. Oublier les frais de notaire dans le prix d'acquisition
Calculer le rendement brut sur le prix FAI sans inclure les frais de notaire surestime le rendement de 0,3 à 0,5 point selon les cas. Sur un bien à 200 000 €, les frais de notaire dans l'ancien représentent environ 15 000 € — soit un capital investi réel de 215 000 €.
2. Sous-estimer la vacance locative
Beaucoup de simulations partent sur un taux d'occupation de 100 %. Or, même dans les marchés tendus, la rotation entre locataires génère au minimum 2 à 4 semaines de vacance par an. Sur une durée de détention de 20 ans, c'est l'équivalent de 1 à 2 ans de loyers perdus.
3. Utiliser sa tranche marginale mais oublier les prélèvements sociaux
Les prélèvements sociaux (CSG, CRDS, prélèvement de solidarité — art. 1600-0 C CGI) s'appliquent au taux global de 17,2 % sur les revenus fonciers et les BIC, en plus de l'impôt sur le revenu. Un investisseur au TMI 30 % paie donc en réalité 47,2 % sur ses revenus locatifs en location nue, et non 30 %.
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Symo calcule automatiquement le rendement brut, net et net-net de votre investissement, avec toutes les fiscalités disponibles (LMNP réel, nu réel, SCI IS, micro-foncier). Projection année par année incluse.
Simuler mon rendement net-net →Les exemples ci-dessus sont simplifiés à des fins pédagogiques et utilisent des hypothèses de charges, taux et fiscalités à titre indicatif. Les références législatives (CGI, BOFiP) sont données à titre d'orientation — vérifiez les textes en vigueur pour votre situation. Les projections dépendent d'hypothèses (revalorisation des loyers, vacance, évolution fiscale) qui peuvent ne pas se matérialiser. Utilisez Symo pour une simulation personnalisée. Consultez un professionnel (CGP, notaire, expert-comptable) avant toute décision d'investissement.